Si développer les ENR est nécessaire pour atteindre la neutralité carbone en sortant du nucléaire, réduire nos consommations l’est tout autant pour Chantal Bourry. Physicienne de formation et auteur de deux ouvrages consacrés au nucléaire, elle estime que l’éolien est le pilier de la transition énergétique, mais souligne que la mobilisation en sa faveur est insuffisante. Rencontre…

Sur quelles sources faut-il principalement miser en France métropolitaine pour atteindre les 32% d’énergies renouvelables (ENR) en 2030 ?

L’ hydraulique doit conserver sa part actuelle de production électrique, oscillant entre 10 et 12% en fonction de la pluviométrie. Le potentiel restant à développer est faible. En effet, l’énergie marémotrice – qui, pour être efficace, nécessite la construction de très grands barrages (la centrale de la Rance en Ille-et-Vilaine occupe l’estuaire sur 700 m de large, elle connaît des problèmes d’envasement), n’est plus à l’étude en France. Les hydroliennes, qui utilisent la force des courants en mer ou en cours d’eau, seraient principalement productives dans le courant du Raz Blanchard, au large du Cotentin. Le gisement est intéressant mais relativement faible, d’environ 1 GW côté français, en comparaison avec la puissance cumulée de nos 58 réacteurs nucléaires (63 GW). L’énergie houlomotrice, qui utilise le mouvement des vagues, reste quant à elle, à l’étude.

Le potentiel des bioénergies – il s’agit principalement de l’incinération des déchets ménagers, du bois et du biogaz – est relativement modeste. L’incinération des déchets ménagers – ceux-ci n’étant qu’en partie biodégradables, n’est comptabilisée que pour 50% en ENR. Il faut viser à moins en produire, à mieux trier, mieux recycler. Le bois est à utiliser prioritairement en bois d’œuvre (construction, meubles) et dans l’industrie (palettes, papier), secondairement en bois énergie. Les forêts et la végétation en général ont un rôle essentiel dans l’absorption des émissions de CO2. Le […]